À l’heure où les plus de 60 ans représentent déjà un quart de la population française, organiser efficacement la prise en charge des maladies liées au vieillissement devient un enjeu stratégique, autant médical que social. Entre augmentation de l’espérance de vie, progression des maladies chroniques et fragilité croissante, la question essentielle est la suivante : comment permettre à chaque personne âgée de vivre le plus longtemps possible en bonne santé, autonome et respectée dans ses choix ? Cela suppose un parcours de soins gériatrique structuré, une coordination fine entre professionnels et aidants, mais aussi une utilisation intelligente des outils d’évaluation, des ressources territoriales et des nouvelles technologies.

Cartographier les principales maladies liées au vieillissement : démence, maladies cardiovasculaires, cancer, fragilité et polypathologies

Face au vieillissement de la population, le premier réflexe utile consiste à cartographier les grandes catégories de maladies liées à l’âge. Les maladies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer ou la maladie de Parkinson représentent un fardeau majeur, avec une prévalence de la démence qui augmente fortement après 80 ans. Les troubles de la mémoire, les difficultés d’orientation ou les changements de comportement sont souvent les premiers signaux que vous observez chez un proche. Viennent ensuite les maladies cardiovasculaires (hypertension, insuffisance cardiaque, AVC), qui restent parmi les premières causes de mortalité et de perte d’autonomie chez les seniors.

À côté de ces pathologies bien connues, le vieillissement s’accompagne d’une montée en puissance de la multimorbidité : accumulation de maladies chroniques respiratoires, diabète de type 2, cancers (notamment du poumon, du côlon, du sein ou de la prostate), troubles musculo-squelettiques (arthrose, ostéoporose) et pathologies métaboliques. En France, plus d’1,4 million de personnes de plus de 60 ans vivant à domicile sont déjà considérées comme dépendantes, et les projections annoncent jusqu’à 2,3 millions de personnes âgées dépendantes à l’horizon 2060. Sans une organisation solide, vous vous retrouvez vite noyé dans un enchevêtrement de spécialistes, d’examens et de décisions complexes, source de stress et de perte de temps.

Au-delà des diagnostics, la notion de fragilité joue un rôle clé. Elle décrit cet entre-deux entre bonne santé et dépendance, où l’organisme dispose de réserves physiologiques réduites et bascule plus facilement vers la décompensation après une chute, une infection ou une hospitalisation. En France, la fragilité concerne 10 à 13 % des plus de 55 ans et augmente de façon exponentielle avec l’âge. Identifier cette fragilité dès la mi-vie, puis à partir de 70 ans, permet de mettre en place des actions de prévention ciblées : activité physique adaptée, nutrition optimisée, surveillance des facteurs cardio-métaboliques, afin de retarder la perte d’autonomie.

Mettre en place un parcours de soins gériatrique structuré : de la médecine générale aux équipes mobiles de gériatrie hospitalières

Coordination ville-hôpital autour du médecin traitant et du gériatre référent

Un parcours de soins gériatrique bien construit repose d’abord sur un duo central : le médecin traitant et le gériatre référent. Le médecin généraliste reste votre premier interlocuteur pour le dépistage des maladies liées au vieillissement, le suivi des pathologies chroniques (hypertension, diabète, BPCO, insuffisance cardiaque) et l’orientation vers les spécialistes. Le gériatre, quant à lui, apporte une vision globale et fonctionnelle, centrée sur la personne, ses capacités et ses projets de vie. Sans ce pilotage partagé, les consultations se multiplient, les prescriptions s’accumulent et le risque d’effets secondaires ou d’hospitalisations évitables augmente.

La coordination ville-hôpital devient d’autant plus critique au moment des épisodes aigus : chute avec fracture, épisode confusionnel, décompensation cardiaque ou respiratoire. Les équipes mobiles de gériatrie hospitalières évaluent alors sur place la situation médicale, fonctionnelle et sociale, pour éviter des ruptures de parcours. Lorsque le retour à domicile est envisagé, le médecin traitant, le gériatre, les infirmiers libéraux et les services d’aide à domicile doivent partager une feuille de route commune : objectifs de soins, prévention des rechutes, adaptation du logement et suivi des aidants.

Rôle des consultations mémoire, des CLIC et des MAIA dans l’orientation des patients âgés

Lorsque les premiers troubles cognitifs apparaissent, les consultations mémoire jouent un rôle pivot. Elles permettent de distinguer un simple trouble mnésique bénin d’une maladie neurodégénérative débutante, grâce à une batterie de tests neuropsychologiques, d’imagerie et de bilans biologiques. Pour vous, c’est un gain de temps et de clarté : un diagnostic posé tôt permet d’anticiper l’organisation de la vie quotidienne, l’adaptation du logement, l’information des proches et la mise en place d’aides financières et sociales.

En parallèle, les CLIC (Centres locaux d’information et de coordination) et les anciennes MAIA, désormais intégrées dans les dispositifs territoriaux, facilitent l’orientation dans le maquis des aides disponibles : allocation personnalisée d’autonomie, services d’aide à domicile, dispositifs de répit pour les aidants, structures d’accueil temporaire ou permanent. Ces guichets uniques coordonnent les interventions et limitent les redondances. Sans ce maillage, chaque famille doit réinventer la roue, au prix d’une fatigue administrative souvent considérable.

Intégration des services d’hospitalisation à domicile (HAD) et des infirmiers libéraux dans le parcours

Pour éviter des hospitalisations prolongées, souvent délétères pour les personnes très âgées, l’hospitalisation à domicile (HAD) et les infirmiers libéraux sont des alliés précieux. L’HAD permet d’assurer à domicile des soins somatiques complexes (antibiothérapie intraveineuse, soins de plaies avancés, prise en charge de la douleur, transfusions), dans un environnement familier. Les infirmiers libéraux assurent la continuité : surveillance quotidienne, éducation thérapeutique de base, coordination avec le médecin traitant et le pharmacien.

Pour vous, l’enjeu est de savoir à quel moment solliciter ces dispositifs. Lors d’une sortie d’hospitalisation délicate (après fracture du col du fémur, AVC, décompensation cardiaque), l’anticipation est déterminante : activer dès l’amont l’HAD, prévoir les passages infirmiers, organiser la livraison de matériel médical (lit médicalisé, déambulateur, oxygène), c’est réduire le risque de réhospitalisation dans les 30 jours. Le service social de l’hôpital et le centre communal d’action sociale peuvent vous accompagner dans ces démarches.

Articulation avec les soins de suite et de réadaptation gériatriques (SSR) et les unités de soins de longue durée (USLD)

Après un épisode aigu, beaucoup de personnes âgées ne peuvent pas rentrer directement chez elles. Les services de soins de suite et de réadaptation (SSR) gériatriques sont alors essentiels pour restaurer la mobilité, réentraîner à l’effort, travailler l’équilibre et réévaluer le projet de vie. La durée de séjour, souvent de quelques semaines, sert à préparer le retour à domicile ou l’entrée en établissement. C’est là que le choix entre maintien à domicile intensifié, EHPAD ou autre structure doit être discuté avec la personne et les proches.

Les unités de soins de longue durée (USLD) s’adressent aux personnes très dépendantes, polypathologiques, nécessitant une surveillance médicale permanente. L’enjeu pour vous est de comprendre que l’USLD n’est pas un « simple EHPAD médicalisé », mais une véritable unité hospitalière de long séjour. L’accès est conditionné par des critères stricts de dépendance et de besoins médicaux. Dans tous les cas, l’articulation entre SSR, USLD et structures médico-sociales doit être fluide pour éviter des situations d’attente prolongée, sources de décompensation et de perte de repères.

Utilisation des programmes d’éducation thérapeutique (ETP) pour les patients âgés multimorbides

Dans un contexte de polypathologie, les programmes d’éducation thérapeutique du patient (ETP) offrent une réelle valeur ajoutée. Ils aident les personnes âgées, mais aussi les aidants, à mieux comprendre les maladies, les traitements, les signes d’alerte et les comportements protecteurs. Pourquoi cette dimension éducative est-elle si importante ? Parce que des gestes simples – surveiller la prise de poids en cas d’insuffisance cardiaque, adapter le régime alimentaire en cas de diabète, sécuriser la chambre pour prévenir les chutes – peuvent faire la différence entre stabilité et hospitalisation.

Les ETP sont particulièrement pertinents pour les personnes âgées multimorbides, souvent confrontées à des prescriptions complexes, avec un risque d’interactions médicamenteuses élevé. En travaillant sur l’observance, la compréhension des ordonnances, la priorisation des traitements, vous contribuez à réduire la iatrogénie et à améliorer la qualité de vie. Certains programmes sont spécifiquement orientés vers les aidants, afin qu’ils puissent soutenir sans s’épuiser.

Utiliser l’évaluation gériatrique standardisée (EGS) pour personnaliser la prise en charge des pathologies chroniques

Mise en œuvre de l’EGS : ADL, IADL, test de folstein (MMSE), GDS, MNA et évaluation de la douleur

L’évaluation gériatrique standardisée (EGS) fonctionne un peu comme un scanner global de la situation de la personne âgée : non seulement sur le plan médical, mais aussi fonctionnel, cognitif, psychologique, nutritionnel et social. Elle s’appuie sur des outils validés : les échelles ADL (Activités de la vie quotidienne) et IADL (activités instrumentales) pour mesurer le degré d’autonomie, le test de Folstein ou MMSE pour le dépistage des troubles cognitifs, la Geriatric Depression Scale (GDS) pour l’humeur, et le MNA (Mini Nutritional Assessment) pour évaluer la dénutrition.

Une évaluation systématique de la douleur, souvent sous-estimée chez le sujet âgé, complète ce bilan. L’intérêt pour vous ? Une EGS bien menée permet de hiérarchiser les priorités : faut-il d’abord sécuriser la marche, traiter une dépression masquée, revoir les médicaments potentiellement inappropriés, ou organiser une aide à domicile ? Cette approche globale évite de se focaliser uniquement sur la maladie au détriment de la personne et de son projet de vie.

Stratification du risque de dépendance et de chutes avec les tests timed up and go, short physical performance battery (SPPB) et tinetti

La prévention de la perte d’autonomie passe par une évaluation fine du risque de chute et de déclin fonctionnel. Les tests Timed Up and Go, SPPB (Short Physical Performance Battery) et Tinetti sont devenus des références pour mesurer la performance motrice : capacité à se lever d’une chaise, marche sur quelques mètres, équilibre en position debout. Ces tests rapides, réalisables en consultation ou à domicile, fournissent une information précieuse sur la fragilité motrice.

Concrètement, si un Timed Up and Go est très allongé ou si le score SPPB est bas, la probabilité de chute dans les mois à venir est élevée. Cela justifie la mise en place d’ateliers équilibre, de séances de kinésithérapie, l’adaptation du domicile (barres d’appui, suppression des tapis, éclairage renforcé) et un contrôle des médicaments sédatifs. L’objectif n’est pas de « tester pour tester », mais de transformer ces résultats en un plan d’action personnalisé.

Ajustement des traitements selon les critères STOPP/START et les recommandations de la HAS

La prescription médicamenteuse chez la personne âgée ressemble parfois à une « archive stratifiée » : chaque nouveau spécialiste ajoute un traitement sans toujours remettre en question les anciens. Les critères STOPP/START offrent une grille de lecture précieuse pour identifier les médicaments potentiellement inappropriés (STOPP) et ceux qui seraient souhaitables mais manquants (START). Couplés aux recommandations de la HAS, ils aident à déprescrire de manière raisonnée.

Pour vous, cela signifie qu’un bilan médicamenteux régulier, idéalement dans le cadre d’une EGS, peut réduire les risques de chutes, de confusion, d’hypotension ou de décompensation. Les psychotropes, les benzodiazépines, certains anticholinergiques ou anti-inflammatoires doivent être particulièrement surveillés. L’objectif n’est pas de supprimer à tout prix, mais d’équilibrer au mieux bénéfices et risques, en tenant compte des priorités de la personne âgée.

Outils numériques d’EGS : e-TAC, dossiers médicaux partagés (DMP) et plateformes territoriales d’appui (PTA)

Les outils numériques transforment progressivement la manière d’organiser la prise en charge des maladies liées au vieillissement. Les applications d’EGS comme e-TAC, les dossiers médicaux partagés (DMP) et les plateformes territoriales d’appui (PTA) facilitent le partage d’informations entre professionnels. Lorsqu’une EGS est saisie dans un outil structuré, les résultats deviennent immédiatement accessibles au médecin traitant, au gériatre, aux infirmiers et aux kinésithérapeutes, ce qui évite les redondances et les pertes d’information.

Les PTA, en particulier, soutiennent les professionnels de ville qui gèrent des situations complexes : elles aident à coordonner les intervenants, à repérer les ressources du territoire et à organiser des réunions de concertation pluridisciplinaire. Pour vous, l’impact est concret : un parcours plus fluide, des décisions partagées et une meilleure continuité des soins, y compris lors des transitions délicates entre domicile, hôpital, SSR et EHPAD.

Organiser la prise en charge des syndromes gériatriques majeurs : démence, chutes, incontinence, dénutrition et douleur chronique

Parcours alzheimer et maladies apparentées : consultations mémoire, centres mémoire de ressources et de recherche (CMRR), réseaux france alzheimer

Les syndromes gériatriques – démence, chutes, incontinence, dénutrition, douleur chronique – nécessitent des parcours dédiés. Pour la maladie d’Alzheimer et les démences apparentées, les consultations mémoire et les CMRR structurent le diagnostic et le suivi spécialisé. Leurs missions : confirmer la nature de la démence, proposer les traitements disponibles, évaluer les troubles du comportement et orienter vers les dispositifs de soutien adaptés.

Les réseaux associatifs, comme ceux dédiés à la maladie d’Alzheimer, jouent un rôle complémentaire essentiel : groupes de parole, ateliers de stimulation cognitive, informations juridiques (tutelle, curatelle, directives anticipées), soutien aux aidants. Pour vous, l’inscription dans ce parcours Alzheimer permet de ne pas rester seul face à des situations souvent déroutantes : agressivité, errance, inversion du rythme veille-sommeil, perte de repères temporels.

Programmes de prévention des chutes en EHPAD et à domicile : ateliers équilibre, kinésithérapie et aménagement du logement

La prévention des chutes représente un axe majeur de la prise en charge des personnes âgées, en institution comme à domicile. Une chute sur deux chez les plus de 80 ans a un retentissement durable sur la mobilité et la confiance en soi, et les fractures de hanche sont associées à un risque important de perte définitive d’autonomie. Les programmes efficaces combinent plusieurs leviers : ateliers équilibre, renforcement musculaire, réentraînement à la marche, aménagement du logement et révision de la pharmacothérapie.

À domicile, l’analogie avec la sécurité routière est parlante : avant de « prendre la route » de la vie quotidienne, l’ergothérapeute vérifie l’état du « véhicule » (force musculaire, vue, audition), mais aussi celui de la « chaussée » (escaliers, tapis, seuils de porte, éclairage). En EHPAD, les programmes de prévention des chutes s’intègrent dans un projet d’établissement : formation du personnel, protocoles de surveillance après chute, mise à disposition d’aides techniques adaptées.

Protocoles de prise en charge de la dénutrition : MNA, diététique personnalisée, compléments nutritionnels oraux (CNO)

La dénutrition touche une proportion importante de personnes âgées, en particulier après une hospitalisation, une infection ou un deuil. Elle se traduit par une perte de poids involontaire, une fonte musculaire, une fatigue accrue et une moindre résistance aux infections. Le dépistage systématique par le MNA ou un suivi simple du poids et de l’appétit est une étape clé. Une fois la dénutrition identifiée, des protocoles structurés s’imposent : enrichissement de l’alimentation, fractionnement des repas, compléments nutritionnels oraux (CNO) et prise en compte des troubles bucco-dentaires ou de la dysphagie.

Pour vous, une stratégie nutritionnelle personnalisée peut paraître secondaire face à des pathologies lourdes, mais elle constitue souvent un déterminant majeur du pronostic fonctionnel. Une personne âgée bien nourrie récupère mieux après une chirurgie, une infection ou une fracture. La collaboration entre médecin, diététicien, orthophoniste (en cas de troubles de la déglutition) et équipe soignante devient alors indispensable.

Management de la douleur chronique chez le sujet âgé : échelles algologiques spécifiques (ECPA, doloplus) et thérapies non médicamenteuses

La douleur chronique est fréquente chez les personnes âgées (arthrose, neuropathies, douleurs post-fracture, cancers), mais elle reste sous-évaluée, notamment en cas de troubles cognitifs. Les échelles algologiques spécifiques comme ECPA ou Doloplus permettent de repérer des signes indirects de douleur chez les personnes qui ne peuvent plus s’exprimer correctement : grimaces, agitation, refus de soins, troubles du sommeil. Cette démarche est déterminante : une douleur non traitée aggrave la dépression, favorise les troubles du comportement et augmente le risque de chute.

La prise en charge combine traitements médicamenteux (antalgiques adaptés à la fonction rénale et hépatique, prudence avec les opioïdes) et thérapies non médicamenteuses : kinésithérapie, chaleur, relaxation, psychothérapie, techniques de distraction. Un peu comme pour un « mélange thérapeutique », l’idée est d’ajuster finement les doses médicamenteuses et les approches complémentaires pour maximiser le soulagement tout en minimisant les effets indésirables, en particulier la sédation et la confusion.

Coordonner le maintien à domicile, l’entrée en EHPAD et les soins palliatifs pour les personnes âgées fragiles

Plan d’aide personnalisé via l’APA, les services d’aide à domicile (SAAD) et les SSIAD

Le maintien à domicile repose sur un équilibre subtil entre les capacités de la personne, la disponibilité des aidants et l’intensité des aides professionnelles. L’Allocation personnalisée d’autonomie (APA) constitue la pierre angulaire du financement : en fonction du degré de dépendance (GIR), un plan d’aide personnalisé finance les heures d’auxiliaires de vie, la téléassistance, le portage de repas ou des solutions de répit. Les services d’aide et d’accompagnement à domicile (SAAD) assurent l’aide pour les actes de la vie quotidienne, tandis que les SSIAD prennent en charge les soins infirmiers et d’hygiène.

Pour vous, comprendre les critères d’accès et les démarches administratives permet d’anticiper : plus la demande est faite tôt, plus l’organisation peut être progressive. Une simple difficulté pour s’habiller ou faire la toilette seule doit déjà alerter, car elle annonce souvent une fragilisation plus globale. Un plan d’aide bien dimensionné retarde significativement le recours à l’institutionnalisation et soutient les aidants dans la durée.

Critères d’orientation en EHPAD, résidences autonomie et unités protégées alzheimer

Lorsque le maintien à domicile n’est plus possible, plusieurs types de structures peuvent être envisagés. Les résidences autonomie s’adressent à des personnes âgées relativement indépendantes, qui souhaitent vivre dans un environnement sécurisé, avec des services collectifs (restauration, animation, surveillance). Les EHPAD accueillent des personnes dépendantes, nécessitant une aide quotidienne pour les actes essentiels de la vie. Les unités protégées Alzheimer, intégrées ou non à un EHPAD, sont pensées pour les personnes présentant des troubles cognitifs majeurs avec risque d’errance ou de comportements inadaptés.

Les critères d’orientation reposent sur un faisceau d’éléments : niveau de dépendance, trouble cognitif, sécurité à domicile, isolement social, épuisement des aidants. L’utilisation d’outils comme la grille AGGIR, les bilans cognitifs et les évaluations sociales aide à objectiver la situation. L’enjeu, pour vous, est de participer activement à cette réflexion, en exprimant les priorités : proximité des proches, environnement familier, projet d’animation, prise en charge médicale renforcée ou non.

Organisation des soins palliatifs à domicile : équipes mobiles de soins palliatifs, HAD et directives anticipées

Les soins palliatifs ne se résument pas à la fin de vie immédiate : ils visent à soulager la douleur, l’inconfort, l’angoisse et à préserver la dignité lorsque les traitements curatifs ne sont plus au premier plan. À domicile, l’alliance entre équipes mobiles de soins palliatifs, HAD, médecin traitant et infirmiers libéraux permet d’organiser une prise en charge globale : contrôle des symptômes, accompagnement psychologique, soutien aux proches, logistique des dispositifs médicaux.

Les directives anticipées et la désignation de la personne de confiance sont des outils juridiques essentiels pour sécuriser ce parcours. En exprimant en amont vos souhaits – réanimation ou non, hospitalisation en cas de complication, souhait de rester à domicile – vous évitez des décisions prises dans l’urgence, parfois en contradiction avec vos valeurs. Une discussion précoce avec le médecin traitant ou le gériatre permet d’aborder ces sujets sensibles avec tact et précision.

Collaboration avec les aidants familiaux : plateformes de répit, accueils de jour, groupes de soutien

Les aidants familiaux – conjoint, enfant, proche – sont le socle invisible de la prise en charge des maladies liées au vieillissement. Pourtant, un aidant sur deux présente des signes d’épuisement psychologique, et le risque de dépression est nettement augmenté chez ces proches très investis. Les plateformes de répit, les accueils de jour, les hébergements temporaires et les groupes de soutien constituent des réponses concrètes. Ils offrent des temps de pause, de formation, d’échange de bonnes pratiques, indispensables pour tenir dans la durée.

Préserver la santé de l’aidant, c’est aussi préserver la qualité de vie et la sécurité de la personne aidée, en évitant les ruptures brutales de prise en charge.

Pour vous, reconnaître ce statut d’aidant et accepter de solliciter des aides n’est pas un aveu de faiblesse, mais un investissement dans la stabilité du parcours. Les professionnels de santé ont, de leur côté, la responsabilité d’identifier les signes de surcharge et de proposer des solutions adaptées, plutôt que d’attendre la crise.

Intégrer la télémédecine et les objets connectés dans la prise en charge des maladies liées au vieillissement

La télémédecine et les objets connectés ne remplacent pas la relation de soin, mais ils la complètent de manière efficace, surtout pour les personnes âgées à mobilité réduite ou vivant en zones sous-dotées. Les téléconsultations permettent au médecin traitant, au gériatre ou au cardiologue de suivre plus finement l’évolution des maladies chroniques : adaptation d’un traitement antihypertenseur, surveillance d’une insuffisance cardiaque, réévaluation d’un trouble de l’humeur. Pour vous, cela signifie moins de déplacements fatigants, tout en conservant un suivi régulier et personnalisé.

Les objets connectés – tensiomètres, balances, oxymètres, capteurs de mouvement – jouent un rôle de « vigie numérique ». Un exemple parlant : chez une personne insuffisante cardiaque, une prise de poids rapide détectée par une balance connectée peut alerter l’équipe soignante avant l’apparition d’une détresse respiratoire. De même, des capteurs de mouvement repèrent des chutes ou une baisse inhabituelle de l’activité quotidienne, déclenchant une alerte à distance. L’enjeu, toutefois, est de sélectionner des dispositifs réellement utiles, simples d’usage, et de prévoir une organisation claire de la réponse aux alertes, pour éviter l’inflation de signaux sans suite.

La technologie n’a de sens que si elle s’inscrit dans un projet de soins partagé, au service de vos priorités et de votre qualité de vie.

Les récents développements, notamment dans le cadre de la télésurveillance de certaines pathologies chroniques, montrent que ces outils peuvent réduire les hospitalisations non programmées et améliorer la satisfaction des patients et des aidants. Une vigilance reste nécessaire sur la fracture numérique : l’accompagnement à l’usage, l’implication des proches et la simplicité des interfaces conditionnent l’appropriation réelle par les seniors.

Déployer une gouvernance territoriale du vieillissement : ARS, CPTS, gérontopôles et réseaux gérontologiques locaux

La qualité de la prise en charge des maladies liées au vieillissement ne dépend pas uniquement des compétences individuelles, mais aussi de l’architecture globale du système de santé sur un territoire. Les Agences régionales de santé (ARS) définissent les grandes orientations : organisation des filières gériatriques, répartition des lits de SSR et d’USLD, soutien aux équipes mobiles, financement des dispositifs d’appui à la coordination. Les gérontopôles régionaux contribuent, de leur côté, à la recherche, à la formation et à la diffusion des bonnes pratiques en gériatrie et en gérontologie.

Les Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) et les réseaux gérontologiques locaux incarnent cette gouvernance au plus près du terrain. Ils favorisent les parcours coordonnés : protocoles communs autour des chutes, de la démence, de la dénutrition, organisation de réunions pluriprofessionnelles, harmonisation des pratiques d’EGS ou de dépistage de la fragilité. Pour vous, cette structuration se traduit par des trajets de soins plus lisibles : un même langage, des interlocuteurs clairement identifiés, une réduction des zones grises où chacun se renvoie la responsabilité.

Acteur Rôle principal Impact pour la personne âgée et ses proches
ARS Planification et financement des filières gériatriques Accès aux structures adaptées (SSR, USLD, EHPAD)
CPTS Coordination des professionnels de ville Parcours plus fluide, moins de ruptures de suivi
Gérontopôles Recherche, formation, innovation en gériatrie Pratiques de soins actualisées et fondées sur les preuves
Réseaux gérontologiques Appui aux situations complexes, mise en lien des acteurs Accompagnement renforcé dans les cas de fragilité majeure

Les développements récents autour de la Décennie pour le vieillissement en bonne santé 2021‑2030, portée à l’échelle internationale, renforcent cette dynamique : promotion d’environnements physiques et sociaux favorables, lutte contre l’âgisme, prévention de la maltraitance, réduction de l’isolement social. Un point reste central : la prise en compte de la santé mentale des personnes âgées, encore trop souvent sous-diagnostiquée, alors que la dépression et l’anxiété concernent environ 14 % des plus de 70 ans et représentent près de 7 % des années vécues avec une incapacité dans cette tranche d’âge.

Une gouvernance territoriale efficace du vieillissement articule prévention, soins, accompagnement social et soutien aux aidants, pour que chaque personne puisse continuer à faire ce qui est important pour elle, malgré la maladie et la fragilité.

Dans ce cadre, votre rôle de citoyen, de professionnel ou d’aidant prend tout son sens : participation aux instances locales (conseils de vie sociale en EHPAD, associations d’usagers), vigilance face aux situations de maltraitance, promotion d’une culture du respect et de l’inclusion des aînés. Chaque action, même modeste en apparence, contribue à un écosystème plus protecteur et plus juste pour les personnes qui avancent en âge avec des maladies chroniques et des vulnérabilités multiples.